Récolte d'idées pour une nouvelle agriculture

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Réchauffement climatique, pression foncière, évolution des modes de production, respect de l’environnement… C’est en prenant la mesure aujourd’hui à tous ces enjeux que l’agriculture départementale s’y adaptera au mieux. Le Conseil de développement de Loire-Atlantique a engagé une réflexion pour dessiner cette agriculture de demain.

En 2030, serons-nous contraints de nous nourrir avec du fast huitre ou du rapid'asperge, ces immondes produits inventés par des publicitaires pour vanter la qualité et le goût des vrais produits qui poussent vraiment ? Y aura t il toujours des agriculteurs dans notre département ? Le bio, en plein boom, représente-t-il un modèle économique viable et suffisant pour nourrir une population de plus en plus nombreuse ? Le Conseil de développement a essayé d'apporter des réponses à ces questions.

Sans terre, pas d’agriculture

« Chaque année, près de 1 000 hectares d’origine agricole sont urbanisés en Loire-Atlantique », détaille Jean-Noël Chaucesse, responsable du service territoire et environnement de la Chambre d’agriculture de Loire-Atlantique. « D’autres processus de disparition des terres agricoles sont également en cours : entre 500 et 700 hectares de foncier sont vendus chaque année pour des usages de loisirs et près de 400 pour des maisons à la campagne. » Cette gourmande consommation de foncier n’est pas viable sur le long terme.

Philippe Grosvalet, vice-président du Conseil général, chargé de l’économie et de l’emploi, souhaite maîtriser l’étalement urbain : « La responsabilité du Conseil général est de sécuriser, dans le très long terme, la question foncière. Avec les communes et les intercommunalités, nous devons organiser un équilibre harmonieux entre les besoins pour accueillir de nouveaux habitants et entretenir le dynamisme économique et la sauvegarde des terres pour nos agriculteurs. »

 Sans agriculteur, pas d’agriculture

350 exploitants agricoles partent chaque année à la retraite. Sans toujours être remplacé. « L’agriculture et les industries agroalimentaires ont besoin de candidats à l’installation et d’emplois qualifiés », souligne Francis Mignonneau, directeur général de la Chambre d’agriculture. « Pour les attirer, il faut que les revenus soient intéressants, les conditions de travail acceptables, avec des perspectives d’évolution de carrière pour les agriculteurs. »

Mais côté agriculteurs c'est un peu la sinistrose: leurs revenus ont baissé de 20 % en 2008 et de 34 % en 2009 ! A cette grave crise économique s’ajoute à une crise de confiance du métier de la terre : les incertitudes liées à la réforme de la Politique agricole commune en 2013 inquiètent les producteurs.

Pour se mettre à l’abri de la volatilité du marché, émerge un autre modèle de développement, soutenu par le Département avec des circuits de distribution plus courts, et une agriculture recentrée sur sa fonction nourricière originale. « Dès aujourd’hui, nous devons nous battre pour conserver des paysans, de nombreuses exploitations, une production diversifiée, si on veut répondre aux besoins d’une population croissant », soutient Dominique Lebreton, président de la Confédération paysanne. « Il y a même un potentiel d’emplois très fort dans l’agriculture : tous les producteurs sont débordés et voudraient embaucher s’ils en avaient les moyens. »

 Sans consommateur, pas d’agriculture

L’approvisionnement de la restauration collective des collectivités locales offre notamment de réelles opportunités. L’essor de la demande de produits bio figure aussi parmi les voies prometteuses pour l’agriculture départementale, déjà en avance dans ce domaine. Reste à trouver les consommateurs pour acheter ces productions.

En matière d’alimentation, le prix reste une donnée fondamentale mais est mis en balance avec d’autres aspirations de ces consommateurs : le goût, la qualité nutritionnelle, l’impact sur la santé, la provenance… D’où une évolution des pratiques de consommation et l’émergence d’une nouvelle demande, notamment citadine. Pour y répondre, sont apparus des Associations pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) ou des points de vente collectifs. La vente directe constitue également un axe de développement important pour Gilles Le Maignan, chargé de mission économie à la Chambre d’agriculture : « Une évolution récente s’est opérée en Loire-Atlantique, surtout en vins, viande bovine, volailles fermières ou produits laitiers. 18 % des agriculteurs ont pratiqué la vente directe l’an passé. »

 Sans respect de l’environnement, pas d’agriculture

L'agriculture bio se développe à grands pas. La production de lait bio de Loire-Atlantique représente 13 % de la production nationale et le nombre de conversions au bio est en constante augmentation. En réglant quelques problèmes de distribution et en se structurant, le bio s'imposera comme une alternative crédible. 

Le réchauffement climatique s'anticipe dès aujourd'hui, en prévoyant une évolution de la production agricole. Par exemple, dans le domaine de la viticulture, si la température moyenne augmente de 2° à la fin du siècle, les cépages actuels de muscadet ne seront plus adaptés au nouveau climat. En cas d’augmentation de 3°, c’est une mutation totale de la viticulture du département qui serait nécessaire.

Autre problème : l’eau. Si la température augmente, il faudra compenser un manque d’eau récurrent l’été par une irrigation plus conséquente et améliorer sa récupération pendant l’hiver. La qualité de l’eau aura également des répercussions importantes sur le monde agricole, d’où la nécessité de préserver cette ressource dès aujourd’hui.

La production d’énergies renouvelables est un autre enjeu prometteur : l’agriculture départementale, dominée par la filière de l’élevage dispose en effet d’un grand potentiel de toitures inexploitées qui peuvent accueillir des panneaux solaires. Développer la méthanisation, investir sur de nouvelles productions et de nouvelles filières comme le bois sont également des solutions pour produire de l’énergie.

Totem magazine mai 2012