Les équipes d'archéologie de Grand patrimoine ont opéré des fouilles sur le site du Grand T, à Nantes
Les équipes d'archéologie de Grand patrimoine ont opéré des fouilles sur le site du Grand T, à Nantes © Paul Pascal/Département de Loire-Atlantique

Des fouilles archéologiques à Nantes mettent au jour une nécropole antique

À 150 m de la Basilique Saint-Donatien à Nantes, sur le terrain du Grand T qui appartient au Département de Loire-Atlantique, un parking construit en 2008 s’est transformé en chantier de fouilles archéologiques en juin et juillet. Ces fouilles préventives se déroulent avant les travaux de rénovation du théâtre prévus à partir de 2022. Elles ont révélé des sépultures datant du 1er ou 2e siècle et les fondations d’un mystérieux bâtiment…

Des tombes datant de 2 000 ans…

Sur le site du Grand T, l’équipe du pôle archéologique de Grand Patrimoine de Loire-Atlantique a mis au jour une soixantaine de sépultures par crémation, avec deux procédés employés par les Romains à l’époque antique :

  • La tombe-bûcher où le corps était brûlé et qui va servir également de tombeau, dans une urne en céramique qui recueillait les cendres du ou de la défunt·e
  • Un autre procédé, une tombe secondaire par crémation, qui consistait à recueillir une partie des cendres dans une urne seulement après la crémation, pour les placer dans une fosse avec des offrandes.

Des fouilles très riches

  • Au total, sur le site ont été trouvées 61 sépultures par crémation
  • Les fondations d'un bâtiment datant de l'époque antique
  • 1 puits

Un cimetière près d’une route romaine

Gwendal Gueguen, le responsable des fouilles et spécialiste de la période antique, parle d’un « ensemble funéraire ». Passionné, il raconte :

Les ensembles funéraires et nécropoles étaient souvent placés près des grands axes de circulation à l’extérieur des villes romaines. Dans la croyance romaine, l’important était de se souvenir des défunts le plus longtemps possible, d’où ce choix de mettre leur sépulture près des lieux de passage.

Le site aujourd’hui au cœur de Nantes, était en effet dans la campagne à proximité de la ville, alors appelée Condevicnum, « la cité des confluences ». Les archéologues espèrent avoir trouvé les fondations d’une grande route qui reliait la ville à Angers.

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En savoir plus sur le pôle archéologie du Département

Grand Patrimoine, l’archéologie préventive

Un bâtiment mystère, par-dessus les sépultures

Au cours des fouilles, les six archéologues ont aussi découvert qu’une des sépultures avait été recouverte par un bâtiment dont il ne reste que les fondations. Si elles et ils supposent que la structure date du 5e ou 6e siècle, son usage et les raisons de sa présence restent hypothétiques. « On suppose que c’est un bâtiment funéraire, mais on n’a aucune preuve », précise l’archéologue.

Plus d'informations sur les travaux au Grand T

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Archéologue, un dur labeur

Vous imaginez sûrement un·e archéologue le nez dans la poussière travaillant minutieusement, avec de petits outils de dentiste. Mais Camille Robert, archéologue en pantalon de travail et chaussures de sécurité, casse l’image d’Épinal : « On a beaucoup travaillé avec une pelle, une pioche et une brouette. On a eu des fossés assez profonds à sonder, ça a fait marcher nos muscles de bras et de jambes », rigole-t-elle. Deux de ses collègues, qui sondent un fossé les pieds dans la boue, confirment, pioches à la main.

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Étape 1 : Le diagnostic

Avant le début des travaux de rénovation de la salle de spectacle, le service de recherche archéologique de Nantes Métropole a réalisé un diagnostic en octobre 2020. Cela consiste à n’ouvrir que 10% du site qui fait 2700m2 au total. À partir du plan réalisé pendant ce diagnostic, les fouilles préventives ont pu commencer. Il s’agissait de sonder des fosses plus ou moins grandes et de longues tranchées qui traversent le lieu.

Étape 2 : La pelle mécanique

Étant donné les dimensions du site, les archéologues ont eu recours à une pelle mécanique pour retirer les couches de terres supérieures et laisser apparaître celles de l’époque antique, environ 1 mètre sous le niveau du parking d’origine. Ensuite, dans un jeu d’observation, il a fallu repérer des tâches de couleur différente. Elles montraient que de la terre avait été ramenée à différents moments pour combler progressivement le site.

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Étape 3 : La fouille

Chaque zone identifiée a été fouillée minutieusement à l’aide de truelles et spatules de différentes tailles. C’est ainsi qu’ont été retrouvées la soixantaine de sépultures par crémation. Le changement de couleur de la terre n’indique pas toujours, loin de là, un vestige intéressant. Camille Robert nous montre un joli trou soigneusement nettoyé.

J’ai passé une journée sur cette petite fosse avant de me rendre compte que c’était l’entrée d’un terrier…

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Étape 4 : Numéroter, photographier et dessiner

Camille Robert détaille : « Il faut que l’on documente nos structures archéologiques. On fait des photos et on dessine en vue verticale pour pouvoir faire de la stratigraphie (étude des différentes couches de terre ndlr), et en plan. On a aussi fait appel à un collègue topographe pour relever le niveau du lieu par rapport à la mer et sa place dans l’espace géographique local. » L’une de ses collègues montre les listes écrites qu’elles et ils tiennent à jour, au fur et à mesure de leur avancée.

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Étape 5 : Direction le laboratoire de recherches

Toutes les découvertes de sépultures ont été envoyées au sein du Pôle archéologie de Loire-Atlantique., d’autant plus rapidement que la pluie menaçait de les abîmer. En réalité, « l’essentiel du travail se fait là-bas », révèle Gwendal Gueguen. Les ossements et les offrandes contenus dans les sépultures sont analysés. Christian Le Boulaire, spécialiste de la céramique antique, étudiera aussi ces urnes. Dans le monde romain, leur procédé de fabrication changeait tous les 30 à 40 ans. Cela en fait un moyen de dater les trouvailles précisément. Les urnes sont entourées de cellophane et recouvertes de plâtre afin qu’elles ne soient pas abîmées pendant le transport.

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Étape 6 : Le rapport final d’opération

Dans deux ans, l’équipe rendra son rapport à l’État, le commanditaire des fouilles. Elle pourra alors rédiger des publications scientifiques, et des informations pour le grand public. Les vestiges trouvés rejoindront les stocks de l’État, et peut-être à terme, les collections du Musée Dobrée. Dès septembre, l’entreprise Ballet devrait remettre à sa place le parking qu’elle a démoli il y a quelques mois, en attendant l’agrandissement du Grand T avec, entre autres, une seconde salle.

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