Le Département célèbre Germaine Tillion

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Bâtiment Germaine Tillion, à Nantes © Paul Pascal

Récemment, à Nantes, des plaques en hommage à Germaine Tillion ont été dévoilées sur le bâtiment du même nom abritant le service Solidarité de la délégation nantaise, du Département de Loire-Atlantique. Germaine Tillion, célèbre ethnologue, résistante et fervente défenseuse de l’égalité des droits, fit de sa vie un engagement militant. En 2015, elle fait son entrée au Panthéon et reste, malgré tout, une figure française trop souvent oubliée de l’Histoire du XXe siècle. Retour sur une vie d’exception.

Olivier Mongin, écrivain et essayiste, dit de Germaine Tillion qu’elle a eu une vie politique à l’image de celle d’Hannah Arendt, en menant


une riposte incessante aux crimes du vingtième siècle.

Cette dernière a en effet vécu intimement plusieurs des grands événements de son siècle : résistante, déportée à Ravensbrück, missionnée en Algérie en 1954 pour comprendre les événements. Toute sa vie, Germaine Tillion sera animée par le désir d’agir.

L'entrée en résistance

Née en 1907 en Haute-Loire, Germaine Tillion est issue d’une famille de notables. Jeune adulte, elle se passionne pour les Sciences Humaines. Elle étudie à l’école du Louvres et se spécialise en éthnologie. Son professeur Marcel Mauss lui propose de partir étudier les Chaouis, une communauté Berbère d’Algérie. Elle y passe plusieurs séjours entre 1935 et 1940, dans des lieux parfois extrêmement isolés.
Le 17 juin 1940, Germaine Tillion a 33 ans. Elle est en train de fuir les troupes allemandes lorsqu’elle entend l’annonce du maréchal Pétain appelant à cesser les combats. Instantanément ce choix la révulse et la pousse à cofonder un réseau de résistance. Ces événements mettront un coup d’arrêt temporaire à sa carrière d’ethnologue.
Le besoin de faire résistance pousse Germaine Tillion et deux officiers polytechniciens partageant les mêmes convictions qu’elle, à fonder une organisation d’aide aux prisonniers évadés qui se transforme rapidement en un réseau de résistance actif communément appelé le "réseau du Musée de l'Homme".

Faire de la déportation un sujet d'étude

Le 13 août 1942, la jeune femme est dénoncée par un agent français infiltré dans son réseau. Après un an de prison, elle est déportée au camp de concentration de Ravensbrück. Elle écrit :


Si j’ai survécu, je le dois, et à coup sûr, au hasard, ensuite à la colère, à la volonté de dévoiler et enfin à une coalition de l’amitié. Car j’avais perdu le désir viscéral de vivre.

Là-bas, plongée dans l’horreur, l’ethnologue prend le dessus et Germaine Tillion ressent le besoin irrépressible de témoigner de ce qu’elle vit. Pour cela, elle sait qu’il lui faut une connaissance détaillée du système concentrationnaire et de ses bourreaux. Olivier Mongin explique :


Elle croit au fait qu’une
connaissance est une interconnaissance : elle apprend par d’autres ce qui se passe dans le camp et elle apprend aux autres comment cela se passe. Il faut que l’information circule.

Ainsi elle prend des notes, fait réseau, réfléchit, observe. L’examen méthodique du milieu concentrationnaire lui permet de résister, de « demeurer partout » comme elle le dit,

 car il faut être les ennemis de ses ennemis et non pas seulement leur victime.

Elle tient miraculeusement jusqu’en 1945 et fait partie des survivant·es négocié·es par la Croix rouge suédoise dans le camp de Ravensbrück.

De cette déportation, elle tire un livre, Ravensbrück, dans lequel elle rapporte son enquête sur le camp dans une démarche de combat pour la mémoire qu’elle mène avec des amies, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Denise Vernay, Anise Postel-Vinay, avec lesquelles elle crée l’Adir (association des déportées et internées de la Résistance).

Elle publie, au fil des années, trois versions différentes du livre car elle réajuste constamment sa pensée à partir des nouveaux éléments dont elle dispose, et notamment de ses travaux sur l’Algérie qu’elle reprend à son retour en France, en intégrant le CNRS. Ce qui va la plonger encore une fois de plein fouet dans l’Histoire de son époque.

Un engagement pour l'Algérie...

En 1954, la guerre d’Algérie éclate et elle est envoyée par François Mitterrand, alors ministre de l’Intérieur, dans l’Aurès, région qu’elle connaît déjà bien pour l’avoir étudié durant sa thèse, afin d’analyser la révolte algérienne. Elle y dénoncera vivement la pauvreté en parlant de « clochardisation de la population algérienne », notamment par l'exode rural et la formation de bidonvilles autour des grandes villes.

En 1955, elle est nommée membre du cabinet de l'ancien résistant Jacques Soustelle, gouverneur général de l'Algérie, en tant que chargée des affaires sociales et éducatives. Elle y œuvre à la création de Centre sociaux d'Algérie jusqu’en 1957.

Elle ne cessera, jusqu’aux accords d’Evian, de dénoncer la torture et la répression à l’encontre des algériens. Tolérance et égalité des droits resteront au centre de sa pensée toute sa vie.

... et pour les femmes

Après l'Algérie, elle parcourt le monde, notamment dans le cadre de ses travaux portant sur les sociétés méditerranéennes, quelle mène à l’EHESS (Ecole des hautes études en sciences sociales). Elle réalise vingt missions scientifiques en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, notamment pour soutenir la cause des femmes. Elle prendra notamment position contre l'excision.
En 2008, Germaine Tillion a 100 ans et décède dans sa maison, à Saint-Mandé.
Elle fait son entrée au Panthéon le 13 mai 2015.

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