Restos du cœur : une année difficile, mais une réponse forte à la crise

Publish on 12/15/2020

Préparation de paniers repas par des bénévoles des Restos du cœur de Nantes © Paul Pascal / Département de Loire-Atlantique

Confinements, crise économique et sociale, précarité grandissante... les associations de solidarité ont été en première ligne pour répondre à cette urgence sociale. Mais Jacky Lepron, le président des Restos du coeur en Loire-Atlantique, préfère retenir la solidarité, la générosité et l'engagement : 800 bénévoles supplémentaires ont rejoint l'association depuis le printemps, 80 000 repas en huit semaines ont pu être donnés au printemps, les dons ont permis à l'association de poursuivre leurs missions, différemment.

Comment s'est déroulée l'année 2020 pour les Restos du cœur en Loire-Atlantique ?

Jacky Lepron, président des Restos du coeur 44 :

Naturellement, c'est une année très compliquée et angoissante, avec une urgence sociale inédite. Pour l'année 2020, nous estimons que nous aiderons près de 28 000 personnes aux Restos du cœur. Il y a 10 ans, c'était 17 000. La crise sanitaire, économique et sociale vient donc compliquer une situation, qui était déjà dramatique, pour de plus en plus de personnes.

Les besoins en aide alimentaire ont été très importants, alors que ,dans le même temps, notamment pendant le premier confinement, nos centres de distribution, nos accueils de sans-abri ne pouvaient pas fonctionner normalement. Il ne faut pas oublier que nous avions aussi tous peur de la maladie. Nos bénévoles sont souvent des personnes âgées, donc il fallait être prudent, pour leur propre sécurité. C'est à ce moment-là qu'il a fallu se réinventer.

restos du coeur 20201212-A13A5016 930x620 Jacky Lepron, président des Restos du coeur en Loire-Atlantique.

Comment avez-vous répondu à cette crise ?

Je pense qu'il faut se féliciter de l'élan de générosité, de la mobilisation sans précédent qui nous a permis de réinventer nos modèles : en quelques semaines, nous avons créé un centre de distribution alimentaire sur un mode drive, avec un afflux massif de bénévoles nouveaux. En huit semaines, nous avons distribué 80 000 repas à Nantes, à un rythme inédit.

Tous les problèmes ont trouvé des solutions d'urgence, grâce à une mobilisation des collectivités locales. Nous n'avions pas assez de sacs; la Ville de Nantes nous en a donné 5 000 puis 40 000. Il a fallu ouvrir en urgence une décheterie pour évacuer la vingtaine de palettes de déchets quotidiens ; la circulation des bus a été adaptée pour permettre exceptionnellement aux gens de venir sur notre site chercher des repas... Le Département nous a apporté une aide d'urgence de 20 000 euros pour pouvoir nous approvisionner, La Région a aussi apporté son aide, en dehors de son champ d'action traditionnel. Nous avons également collaboré avec les autres associations de solidarité, pour ajuster nos stocks. Les entreprises locales ont aussi été généreuses, avec des dons plus importants. Donc, oui, la crise a été forte, mais je suis plutôt fier de cette collaboration et des réponses que nous avons apportées. Elles révèlent le bon côté des gens. J'ai vu se réveiller cette année des valeurs qu'on nous annonçait dépassées.

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Quel est le profil des personnes qui ont sollicité votre aide cette année?

Dans le mille-feuilles de la précarité, nous avons toujours, aux Restos, des profils "classiques" aux faibles ressources : des familles monoparentales, des sans domicile et des chômeurs et chômeuses, qui ne parviennent pas à trouver du travail. Depuis quelques années, nous avons également vu arriver des travailleur·euses pauvres, des retraité·es, des migrant·es. Et à partir du premier confinement, nous avons observé un afflux important de nouveaux profils qui se sont ajoutés à tous ceux que l'on aidait déjà : des personnes en intérim ou en CDD, qui n'avaient plus rien, des familles, qui ne pouvaient plus bénéficier des repas à la cantine et de leurs tarifs sociaux et qui ont été confrontées à la difficulté de payer trois repas par jour. Mais il y avait aussi des jeunes, étudiant·es ou saisonnier·es que nous n'avions pas l'habitude d'aider.

Et pour cette fin d'année ?

Lors du deuxième confinement, des artisan·es, des travailleur·euses indépendant·es, des commerçant·es ont grossi les rangs de toute cette population précaire. Pour ces personnes, ça a été un grand choc, elles ne comprenaient pas ce qui leur arrivait. Pousser la porte des Restos, ce n'était pas dans leur logique, dans leur référentiel. C'est difficile de mesurer leur nombre. Globalement, nous avons constaté une augmentation de 20 % de nos inscrit·es, mais la plupart n'ont pas encore vraiment sollicité notre aide. Soit ils ou elles trouvent des solutions auprès d'autres associations de solidarité, soit cette inscription est plutôt une forme d'assurance, de prévision, en cas de nouveaux coups durs.

Je suis assez inquiet pour ces profils nouveaux, je ne sais pas si la situation économique et sanitaire leur permettra de faire la bascule inverse. J'ai peur qu'ils ne s'ancrent durablement dans la précarité.

Une année record pour les Restos du cœur

  • 2,6 millions de repas distribués entre le 1er mai 2019 et le 30 avril 2020 en Loire-Atlantique
  • 5 400 repas distribués en un jour le samedi 28 novembre
  • 80 000 repas repas distribués en huit semaines, au centre de la Garde à Nantes
  • +20 % du nombre d'inscrit·es
  • 800 bénévoles de plus, pour faire face à l'urgence. Au total, ils et elles sont 2 142 en Loire-Atlantique
  • 137 182 kg de denrées collectées en octobre, soit 22.64% de plus que l’année dernière

Se rendre sur le site des Restos du cœur de Loire-Atlantique

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Dans l'entrepôt de Nantes, les bénévoles préparent près de 350 paniers repas pour des étudiants et étudiantes précaires.

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