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La Maison des Sports porte le nom de la militante Alice Milliat

La Maison des Sports Alice Milliat
La Maison des Sports Alice Milliat © Paul Pascal

Le Département de Loire-Atlantique a choisi de donner à la Maison des Sports le nom d’Alice Milliat (1884-1957), inlassable militante de la reconnaissance du sport féminin, dont le travail est malheureusement trop peu connu. Ce bâtiment, mis à la disposition d’une cinquantaine de comités sportifs par le Département, abrite aussi deux comités olympiques et sportifs.

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Pour créer ce qu’elle a créé en étant une femme de province, jeune, de milieu modeste, elle devait avoir un sacré tempérament !

C’est en ces termes que Florence Carpentier, historienne du sport, spécialiste de l’olympisme de l’entre-deux guerres, décrit Alice Milliat, ovnis de son époque, qui ne bénéficie par d’un quart de la reconnaissance qu’elle mériterait.

C’est notamment pour cette raison que le Département de Loire-Atlantique a décidé d’attribuer son nom à la Maison des Sports de Loire-Atlantique, qui accueille depuis plusieurs années les sièges et bureaux d’une cinquantaine de comités sportifs, dont les deux comités olympiques et sportifs.

Homologue nantaise et féminine de Pierre de Coubertin (la misogynie en moins), Alice Milliat œuvra au développement du sport féminin, et particulièrement à la participation de femmes aux Jeux Olympiques.

Bilingue et sportive

De la vie d’Alice Milliat, les historien·nes connaissent les grandes lignes. On sait qu’elle est née en 1884 à Nantes dans une famille modeste, ses parents tenaient une épicerie rue Guépin, et que son mariage fut de courte durée. Son mari, Joseph Milliat, également commerçant, mourra quatre ans après leur union. Elle se forme à la sténodactylographie et travaille principalement en tant que traductrice.

On ne dispose pas vraiment d’archives au sujet d’Alice Milliat, précise Florence Carpentier. On a réussi à refaire grossièrement son parcours et ce qui est original, pour l’époque, c’est qu’elle va passer plusieurs années à Londres. On pense qu’elle y était fille au pair, qu’elle accompagnait des familles fortunées car elle vivait dans un quartier riche. C’est comme ça qu’elle devient bilingue. Ce voyage a sans doute participé à son ouverture d’esprit. En Angleterre, à l’époque, les femmes pratiquent davantage le sport qu’en France.

Car ce qui caractérise Alice Milliat, c’est son amour pour le sport ! Elle pratique l’aviron, la nage, le hockey et devient, en 1915, présidente du club Femina Sport. Puis, en 1919, elle dirige la nouvelle Fédération des sociétés françaises des sports féminins, avant de créer la Fédération sportive féminine internationale dès 1921.

Son objectif était d’intégrer les Jeux Olympiques mais de manière égalitaire

, explique Florence Carpentier. Un désir d’égalité, qui laisse l’historienne penser qu’Alice Milliat était féministe, même si elle ne s’est pas définie comme telle.

Il était difficile de s’affirmer féministe dans les sphères extrêmement misogynes qu’elle fréquentait. Ce qui me fait dire qu’elle était féministe, ce sont différents critères auxquels elle tenait dans la gestion du sport féminin. Elle voulait qu’il soit dirigé par des femmes notamment. Elle pensait aussi que les femmes pouvaient faire tous les sports, y compris du football.

Maîtriser l'art de se faire entendre

Or, à l’époque, le sport féminin n’avait pas bonne presse. Jugé mauvais pour les organes génitaux des femmes, ou inadapté pour ces corps trop fragiles, il ne faisait pas consensus. L’argument moral finissait de clore le débat : les femmes avaient pour devoir de rester à la maison.

Le seul argument de ses opposant·es qu’elle prenait au sérieux était celui de la moralité des tenues des sportives, précise Florence Carpentier. Une question qui faisait grand débat ! Alice Milliat ne veut pas provoquer et tâche d’y faire attention.

Probablement d’une intelligence fine et très bonne oratrice, Alice Milliat bénéficie du contexte d’après-guerre pour faire évoluer les mentalités.

Elle profite de l’argument de la natalité, de l’idée de recréer une race française forte, explique l’historienne. Pour cela, il faut des femmes solides, qui font du sport. Elle s’entoure de doctoresses pour contrer l’argumentaire des médecins et faire consensus.

Emmener le sport féminin aux JO

Malgré ses demandes, elle essuie des refus de la part du CIO (Comité international olympique) pour autoriser les femmes à participer aux Jeux Olympiques. Elle décide alors d’organiser des compétitions féminines nationales (championnat de France de football féminin), puis internationales avec le meeting de Monte-Carlo en 1921, suivi de la première édition des Jeux Mondiaux Féminins à Paris, en 1922, et enfin une seconde édition en 1926, en Suède.

Le succès est tel que le CIO autorise finalement les femmes à participer à des épreuves officielles lors des Jeux Olympiques de 1928, à Amsterdam.

Mais là encore, la victoire est amère :

Le dirigeant de la fédération d’athlétisme, J. Sigfrid Edström, lui fait miroiter une égalité dans la participation des femmes à cet événement mais c’est un leurre. Son but est simplement de mettre fin au mouvement d’Alice Milliat qui fait concurrence aux JO.

Cinq épreuves féminines d’athlétisme figurent au programme des Jeux d’Amsterdam, en 1928.

Par la suite, les historien·nes ont une trace d’Alice Milliat aux J.O de Berlin de 1936, auxquels elle se rend, puis elle se désinvestie du milieu sportif. Celle qui prendra sa suite dans la gestion du sport féminin en France, Marie-Thérèse Eyquenn, n’a pas les mêmes convictions qu’elle.


Marie-Thérèse Eyquenn est contre le football féminin et met le sport féminin sous la tutelle de la fédération masculine. Celui-ci eut du mal à se développer après la seconde guerre mondiale

, ajoute Florence Carpentier.

Alice Milliat va peu à peu disparaître de la scène sportive et meurt en 1957, à Paris. Elle sera totalement oubliée de l’histoire du sport. Quelques féministes volontaires et historien·nes réussissent doucement, à la faire sortir de l’ombre.

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Valoriser Alice Milliat

C’est dans cette démarche de revalorisation de l’engagement d’Alice Milliat que le Département a choisi de donner son nom à la maison des sports.

Pour Philippe Grosvalet, président du Département :

Nommer la Maison des Sports de Loire-Atlantique Alice Milliat représente un geste fort pour l’égalité femmes-hommes. Avec ce choix, le Département permet une meilleure visibilité des femmes dans l’espace public. Il rend hommage à une héroïne du sport moderne, native de Loire-Atlantique et pourtant peu connue malgré l’exploit qu’elle a accompli de faire entrer le sport féminin parmi les disciplines olympiques. Un siècle plus tard, le Département et les partenaires sportifs poursuivent le combat de l’accessibilité du sport pour toutes et tous.

Ce choix vient s’ajouter à la longue liste de nouveaux collèges publics portant le nom de femmes d’exception ayant marqué l’histoire : Isabelle Autissier, Simone Veil, Mona Ozouf, Andrée Chedid, Rosa Parks… Cette démarche initiée par le Département représente un symbole fort de l’engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes. C’est faire en sorte que les femmes, loin d’être majoritaires dans l’espace public, soient mieux représentées. Et que l’on s’appuie sur leur histoire individuelle et le récit collectif pour faire progresser la parité dans la société.

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