Cinémas associatifs : "on est pendus aux annonces du gouvernement"

23/04/20

Résidences annulées, salles de cinémas fermées, spectacles et concerts repoussés, le secteur culturel est frappé de plein fouet par le confinement. Nous sommes allés à la rencontre de ses acteurs locaux. Premier épisode auprès des salles de cinéma associatives.

Le 14 mars dernier, ultime week-end de liberté avant le début du confinement, Le cinématographe, salle de cinéma associative nantaise, diffusait le film de Thomas Cailley, Les combattants, qui campe le personnage de Madeleine, une jeune femme se préparant à la fin du monde et qui évoque, entre autre, les possibilités d’épidémies dûs aux coronavirus. Emmanuel Gibouleau, directeur du cinéma, raconte l’ironie de cette dernière séance et la réaction “sidérée” de son équipe au moment de fermer la salle pour une durée indéterminée. Le Cinématographe, tout comme l’ensemble des lieux de divertissement a toujours les volets clos. Et pendant que l’ensemble de la population se jette sur tout autre type d’écran, les cinémas associatifs se demandent “comment conserver le lien avec son public ?”

Pour ça, les réseaux sociaux sont une mine d’or. Chaque salle y va de son conseil culturel pour bien occuper son confinement. Mais, mieux encore, l’objectif est de “s’inviter dans votre salon” comme l’indique, sur sa page Facebook, le Cinéma Pax, situé au Pouliguen. Cet établissement, tout comme Le Cinématographe, propose une sélection de films sur la plateforme VOD La Toile, sur laquelle les spectateurs et spectatrices peuvent retrouver la “ligne éditoriale” de leur cinéma, de chez eux, en achetant des vidéos à l’acte, pour environ 3€99. Un budget qui peut faire frémir à l’heure des plateformes de streaming illimitées, mais qui a le mérite de “faire remonter les bénéfices de ce paiement aux exploitants”, comme l’explique Emmanuel Gibouleau. Ce dernier, farouche défenseur de son cinéma et de l’éducation populaire, voit dans les plateformes type Netflix et autres Mycanal, proposant certains films en exclusivité, une forme “d'accaparement de la culture”

 NANTES Le Cinematographe04 

Public y es-tu ?

Loin de rapporter beaucoup d’argent aux salles de cinéma, La Toile est avant tout une manière de garder le lien avec leur public.
Car la peur de ne pas le voir revenir est présente. Les responsables de salles se demandent si les spectateurs et spectatrices auront peur, ou non, de s’entasser dans une salle, une fois le confinement levé. Ou bien simplement s’ils et elles en auront encore l’envie après des mois d’enfermement.
Si on doit ouvrir tout en mettant en place les mesures barrières, et sachant qu’on a 80 bénévoles qui participent au bon fonctionnement du cinéma, aura t-on le budget pour payer des masques à tout le monde ? Est-ce rentable de le faire ?” se demande David Batard, responsable du cinema Gen’Eric, à Héric, en évoquant les différents scénarios de réouverture. Lui compte sur “le tissu associatif très fourni autour de son cinéma et du public local, assez fidèle”pour être au rendez-vous. D’autant plus que la salle de cinéma vient d’être rénovée et qu’un emprunt à la banque fragilise sa trésorerie. “Heureusement, on a pu le décaler de six mois auprès des banques. On compte aussi sur le fond de solidarité", explique t-il. 

En attendant, David Batard se dit “pendu aux annonces du gouvernement". Un état partagé par tous : “on a fait un prévisionnel pour une reprise en juillet, un autre pour une reprise en octobre, un autre pour janvier, déroule Philippe Arnera, directeur du Cinéma Pax. La fédération nationale des cinémas français parle d’une réouverture à la mi-juillet, mais on imagine le pire scénario, pour ne pas avoir de mauvaise surprise.”

Hollywood à la bourre

Et quand bien même les cinémas pourront ouvrir à nouveau, se pose la question des films à proposer. “Réouverture ne veut pas dire reprise de la programmation normale”, précise Philippe Arnera. Une salle comme Le Cinématographe, dont la programmation n’est pas calquée sur celle des sorties nationales n’est pas vraiment impactée par cette donnée. Mais pour des cinémas comme celui d’Héric, dont la programmation est un peu plus liée à celle de sortie des films hollywoodiens par exemple, la question se pose : “Les Etats-Unis sont actuellement derrière nous sur la gestion de l’épidémie. Les tournages n’ont plus lieu. Il faut aussi compter le temps du doublage, celui de la publicité pour les distributeurs. On réfléchit donc à une programmation différente, peut-être thématique, à la réouverture”, explique son directeur. La situation sanitaire étant incertaine, les différents scénarios envisagés par les salles de cinéma sont amenés à évoluer sans cesse, quitte à recommencer encore et encore, à établir de nouvelles stratégies. Les 35 salles du réseau des salles de cinéma associatives de Loire-Atlantique (SCALA), mis en place et soutenu financièrement par Département de Loire-Atlantique et géré par Le Cinématographe, misent aussi sur la solidarité entre elles pour sortir le moins amochées possible de cette période. 

Le Département de Loire-Atlantique a récemment mis en place un fond de soutien citoyenneté aux associations de Loire-Atlantique, notamment pour le secteur culturel. 

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