• Citoyenneté

Farid Abdelkrim, prêcheur de laïcité

16/04/20

En cette période de confinement, nous publions les portraits de quelques figures de Loire-Atlantique. Le Nantais Farid Abdelkrim agit pour lutter contre la radicalisation religieuse, en connaisseur. Il a lui-même été fasciné par les discours des Frères musulmans, avant de comprendre leurs dangers. Nous avions réalisé ce portrait dans le magazine Loire-Atlantique de juin 2018.

Une jeunesse habitée par la colère. Né à la fin des années 60 à Nantes, Farid, d’une famille d’origine algérienne, vit tout d’abord heureux dans le quartier de Bellevue, à Nantes. La mort de son père, en 1980, perturbe son équilibre. École buissonnière, drogues, menus larcins…, son évolution sent la case prison, sans passer par la case départ. La mort d’un ami, tué lors d’un cambriolage par un gendarme, restera un événement marquant de sa jeunesse : « Nous, les jeunes du quartier, ne voyions pas de perspectives. Nous étions en colère, sans savoir comment l’exprimer. »

« Eux contre nous »

Farid trouve dans la pratique religieuse un cadre de vie, qui l’éloigne de ses travers, mais ne calme pas sa révolte. « Je voyais le monde d’une façon très binaire, sans nuance : nous, les musulmans, contre les autres, un “eux” très global. Jeune, facile à impressionner, j’ai été séduit par le charisme de certains Frères musulmans : j’avais le sentiment d’être un élu de Dieu, en mission pour l’islam. En cherchant Dieu, j’ai trouvé l’islamisme. » Hâbleur, provocateur et beau parleur, il devient même une sorte de « ministre de la jeunesse » de l’Union des organisations islamiques de France, l’organe politique des Frères musulmans. Toujours attaché à Nantes, il essaie d’y mettre en place des actions culturelles, « avec un cachet halal », rigole-t-il. Il veut faire du théâtre avec des jeunes musulmans et rencontre un professeur de théâtre : Thierry Maillard. « Thierry Maillard était totalement différent de celui que j’étais à l’époque. Il savait très bien ce qu’il faisait, à qui il parlait, mais lui arrivait avec une vraie conception de la laïcité, armé du théâtre comme outil pour créer du dialogue. Il nous provoquait, demandait pourquoi les gars jouaient le rôle de filles, exclues de nos projets théâtre. Sa capacité à briser l’entre-soi, à aller au-delà de son propre monde, m’a ouvert les yeux. Pour bâtir une société, il faut discuter et non ériger des frontières, comme je le faisais en m’inventant des ennemis. » 

« Dieu serait-il laïc ? »  

Les mirages des Frères musulmans finissent tous par s’écrouler : « Tous les travers me sont enfin apparus : de vieux dogmatiques, pétris de certitudes, ne faisant pas l’effort de parler français, de concevoir le doute. Quand ils ont tenté de m’interdire d’aller à Auschwitz, lors d’un déplacement interreligieux, j’ai compris que l’antisémitisme quasi-théologique de ces prédicateurs ne changerait jamais. Détester quelqu’un pour son sexe ou sa religion, c’est à l’opposé de ma lecture du Coran. J’ai cessé d’être islamiste. » Il trouve une nouvelle voie, plus cohérente avec son esprit libre. « Dans le Coran, on trouve un passage dans la sourate 18 : “ La vérité émane de votre seigneur. Quiconque le veut, qu’il croie, quiconque le veut, qu’il ne croie pas. » Dieu serait-il laïc? ”, lance-t-il, un brin provocateur. 

« Avec le recul, je sais que nos discours fondamentalistes qui visaient à islamiser la France, mais dans un grand bricolage idéologique, ont été nocifs. Nous avons joué un rôle dans la radicalisation islamiste, avec toutes nos salades. J’assume ma part de responsabilité. » Par des vidéos sur youtube, Un muslim qui te veut du bien, ou avec des interventions auprès de personnes radicalisées en prison, où il prône laïcité, tolérance et défend la chance de vivre dans un pays où l’on peut choisir d’être croyant ou non, Farid aspire, à 50 ans, à faire « amende honorable » et se battra contre tous les intégristes. Mais il prévient : « Tant que tous ces religieux considéreront la religion comme un but politique et non comme un moyen, un chemin vers Dieu, il n’y aura pas de dialogue possible. Personnellement, je ne me déclare plus musulman, je crois simplement en Dieu. Ça me suffit. » 

  • À lire : L’islam sera français ou ne sera pas et Pourquoi j’ai cessé d’être islamiste, de Farid Abdelkrim, aux éditions Les points sur les i.
En mode confinement
Farid Abdelkrim : "C'est vraiment une période très bizarre pour tout le monde. Je reste chez moi et essaie de travailler. Je scribouille sur deux ouvrages, une pièce de théâtre et bricole du Muslim qui vous veut du bien, en mode confiné, avec les moyens du bord... "