Festivals : “On se concentre sur l’année prochaine”

13/05/20

Résidences annulées, salles de cinémas fermées, spectacles et concerts repoussés, le secteur culturel est frappé de plein fouet par le confinement. Nous sommes allés à la rencontre de ces acteurs locaux. Troisième épisode auprès d’organisateurs de festivals estivaux.

« Soyons honnêtes, il y avait peu de chance qu’on puisse regrouper entre 15 000 et 20 000 personnes par jour, pendant trois jours, dans un univers de grande promiscuité. Cette annulation on la voyait arriver car on ne savait pas comment assurer la sécurité de nos festivaliers», explique, lucide, Gérald Chabaud, directeur des Escales, festival de musique Saint-Nazairien. 
Car l’été, pour le secteur musical, c’est LA période des festivals. Quasiment aucun week-end en Loire-Atlantique ne se déroule sans son rassemblement de festivaliers, féru·es de jazz, de chants bretons ou encore de musique reggae. 
Récemment, les dernières mesures gouvernementales, même si restrictives, sont venues éclaircir un peu l’horizon des organisateurs de festivals qui jonglaient, à la limite du burn out, entre préparation de l’événement et organisation d’une potentielle annulation.

« Cette annulation se fait avec beaucoup de regrets car c’est le travail d’un an, mais il y a une forme de soulagement car on ne voulait pas que notre festival devienne un nouveau cluster de contamination », précise Gérald Chabaud. Pour ne pas se laisser abattre, une seule solution : se projeter sur la suite. Préparer l’édition 2021 et se concentrer sur les autres projets. En l’occurrence, pour l’équipe des Escales, sur l’organisation de concerts au VIP, leur salle de concert située dans la base sous-marine de Saint-Nazaire. L’association bénéficie du soutien de plusieurs financeurs publics, dont le Département de Loire-Atlantique, pour assurer leur survie. « Ça fait quelques mois que nous sommes prudents. Ça, plus l’accompagnement de nos partenaires, nous permet de conserver un équilibre budgétaire », explique le directeur.

Rendez-vous en 2021 

Un confort que n’a pas le Dub Camp Festival, événement consacré à la musique reggae et qui devait se dérouler début juillet à Joué-sur-Erdre, comme chaque année depuis 12 ans. Avec 2,5 % de subventions par an, l’association Get Up !, à l’origine du festival, compte sur une organisation de concerts durant toute l’année pour remplir les caisses et assurer l’édition 2021. « Jusqu’ici c’était le festival qui nous permettait d’organiser des concerts toute l’année, cette fois ce sera l’inverse », explique Olivier Bruneau, un des deux fondateurs de l’association. Car cet événement, qualifié par son créateur de « festival de niche, associatif et impliqué localement », compte tout de même une dizaine de salarié·es et coûte 1,2 million d'euros à Get Up !. 

Les dates du festival 2021 sont déjà annoncées, les pass en vente, et Olivier Bruneau reste positif, « ça nous laisse un an pour l’organiser encore mieux ». 

« Apporter une vie culturelle à la cité » 

Hasard du calendrier, certains sont plus chanceux que d’autres. C’est le cas des Rendez-vous de l’Erdre, un incontournable pour les fans de jazz depuis 34 ans. Le festival se déroulant du 24 au 30 août, son directeur, Loïc Breteau, espère encore : « on a plus le temps que d’autres, nous n’avons pas de billetterie et un plateau artistique peu coûteux », autant d’éléments rendant leur situation un peu moins compliquée que d’autres. 
Reste que, selon les annonces gouvernementales, l’équipe de Loïc Breteau devra organiser un festival avec des contraintes sanitaires fortes. « Cette situation me rappelle celle de 2016, juste après les attentats de Nice. J’ai été convoqué par les services de l’Etat afin de définir un nouveau cadre pour le bon déroulement de cet événement. Soit on pouvait le faire, soit on annulait, se souvient-il. Là c’est pareil, il va falloir imaginer un festival qui se mette en place différemment. Je veux être au rendez-vous car on a pour mission d’apporter une vie culturelle à la cité. Notre travail, c’est d’essayer de la réaliser jusqu’au bout. Si c’est impossible, on devra annuler. »