Mineur·es non accompagné·es : comment s'est passé leur confinement?

11/05/20

Près de 800 mineur·es non accompagné·es, arrivé·es en France sans ressource ni soutien familial, sont placé·es sous la protection du Département, qui pourvoit à leurs besoins essentiels : hébergement, nourriture, soins et insertion professionnelle. Ces deux mois de confinement ont naturellement modifié cet accueil, mettant en pause les projets des jeunes et accélérant leurs inquiétudes.

Dans la résidence Sainte-Luce à Sainte-Luce-sur-Loire, gérée par l’association Saint-Benoît Labre, 57 adolescents de 14 à 17 ans ont vécu confinés pendant près de deux mois. Ces jeunes, pour la majorité d’Afrique de l’Ouest (Côte d’Ivoire, Guinée, Mali...) sont des mineurs non accompagnés. Arrivés en France sans soutien ni ressource, ils sont placés sous la responsabilité du Département qui assure la protection des enfants. Ils rêvent de s’installer en France définitivement, de travailler. Le confinement s’est imposé à eux comme à tous les autres, avec son lot d’incertitudes. De la même façon, leur déconfinement se prépare progressivement, avec prudence, au rythme des informations des établissements scolaires. Apprentissage des gestes barrières, port du masque, nouvelles règles dans les transports en commun. Comme tout le monde, ces jeunes se préparent à la sortie, avec beaucoup de doutes. 

Julie Malenfant, éducatrice spécialisée et Mona Nogaro, assistante socio-éducative dans la résidence rappellent : “Ces jeunes sont en véritable attente de scolarisation, d’orientation professionnelle. Le confinement, avec le flou qui l’entoure, a accentué leurs angoisses et compliqué leur situation.” Ils ont pourtant relativement bien accepté leur confinement collectif, sans révolte mais avec beaucoup d’interrogations : “Au début du confinement, on entendait toutes sortes d’informations contradictoires. Ils avaient entendu dire que les jeunes étaient moins touchés, le virus n’avait pas encore atteint leur pays d’origine. Ils avaient du mal à comprendre pourquoi on leur imposait, à eux, ce confinement collectif. Nous avons dû répondre à ces attentes, calmement.”

Pas de malade pour l’instant

Pas facile d’apporter de la sérénité quand les incertitudes touchent également les professionnel·les de l’accompagnement social. Dans la résidence Sainte-Luce, la quinzaine d’adultes (travailleurs et travailleuses sociaux, assistant·e socio éducative, agent·es de sécurité) a changé sa façon de travailler. Comme partout, le manque de masques a été résolu tardivement, les gestes barrières et les mesures d’hygiène ont été renforcés. Non sans difficulté, notamment pour la continuité scolaire : “Nous essayons de faire cet accompagnement scolaire, mais nous ne sommes pas enseignantes, rappellent les deux femmes. Et comment respecter la distanciation d’un mètre quand on doit aider un jeune dans sa scolarité individuelle ?" Pour l’instant, aucun cas de coronavirus n’a été détecté, ni parmi le personnel, ni parmi les jeunes. “Nous avons prévu une pièce pour accueillir d’éventuel·les malades, mais vivre à 60 dans une résidence de 60 places avec la maladie, ce serait franchement très compliqué. ”

Combattre l’ennui

L’une des principales préoccupations a été de combler l’ennui de ces jeunes. “Au début du confinement, dans le respect des règles édictées, les jeunes avaient le droit de sortir un peu chaque jour, mais nous avons rapidement considéré que c’était trop dangereux.” Confinement total donc, avec heureusement des activités sportives organisées dans les espaces extérieurs de cet ancien hôtel reconverti en résidence. Olympiades, défis mode Fort Boyard, séances de sport, jardinage..., ont permis d’égayer les journées.

Autre difficulté soulevée par le confinement collectif : la nourriture. La résidence est livrée chaque jour en plateaux repas, mais les jeunes avaient l’habitude de sortir pour acheter leurs propres ingrédients et épices, qu’ils ajoutaient à leurs plats. “Nous avons trouvé des solutions pour qu’ils mangent ce qui leur était proposé, en apportant parfois nous-mêmes les ingrédients qu’ils souhaitaient.”

Assurer une continuité

Pour ces jeunes mineurs non accompagnés, le confinement constitue une parenthèse, une pause dans leur volonté d’intégration et de formation. Eux qui souhaitent s’intégrer rapidement doivent donc faire face à une angoisse accentuée par la situation. Par exemple, un jeune qui va avoir dix-huit ans en mai s’inquiétait de son avenir. Dès qu’il sera majeur, le Département ne sera théoriquement plus compétent pour l’accompagner. Mais pour éviter cette rupture brutale, la collectivité a mis en place des contrats jeunes majeurs, qui permettent d’étendre la protection le temps de finir une formation ou de garantir une meilleure autonomie. L’objectif est d’éviter que tout l’accompagnement social,  qui constitue un investissement humain et financier, ne soit annihilé au moment de la majorité.

Quelle est la situation des autres mineurs non accompagnés en Loire-Atlantique?

Le Département accueille et protège en ce moment près de 800 jeunes mineurs non accompagnés. Depuis que leur arrivée s’est intensifiée, le Département a multiplié les solutions pour faire face et proposé les dispositifs d'accueil les plus adaptés. Il a mandaté des prestataires comme l’association Saint Benoît Labre, qui accueille et met ainsi à l’abri 550 mineurs non accompagnés.

Le Département a également mis en place un dispositif d’accueil dans des familles solidaires. Toutes les familles qui accueillaient un jeune ont accepté de prolonger cet hébergement pendant la période de confinement.

Actuellement, près de 150 mineurs sont hébergés à l’hôtel. “En période de confinement, nous avons mis en place un suivi particulier pour ces jeunes, explique Emilie Suaud, qui dirige la cellule d’accompagnement des mineurs non accompagnés au Département. C’est parfois un peu compliqué, les professionnel·les ne peuvent pas les rencontrer tous les jours, pour respecter les régles de sécurité sanitaire.” Des rendez-vous téléphoniques quotidiens permettent tout de même de garder un contact avec tous ces jeunes.

“Le confinement est bien respecté. Nous avons même constaté que certains jeunes, en début de confinement, n’osaient pas du tout sortir, même pour quelques courses. Pour certains, cette situation de confinement accentue leur détresse psychologique et fait écho à des traumatismes de leur passé, dans leur pays d’origine ou pendant leur parcours migratoire.” Un accompagnement psychologique adapté a été mis en place pour aider ces jeunes en difficulté.

A ce jour, un seul mineur non accompagné est suspecté d'avoir été contaminé par le coronavirus. Il est à l’heure actuelle en voie de guérison.

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