Salles de spectacle : “Premiers à fermer et derniers à rouvrir”

29/04/20

Résidences annulées, salles de cinémas fermées, spectacles et concerts repoussés, le secteur culturel est frappé de plein fouet par le confinement. Nous sommes allés à la rencontre de ces acteurs locaux. Après les cinémas, nous nous intéressons aux salles de spectacle.

Annuler, reporter, reprogrammer, rembourser, annuler, reporter, reprogrammer… depuis quelques semaines, les salles de spectacles jouent au casse-tête. 
Au rythme des annonces du gouvernement, elles réadaptent leur programmation. “On avait décalé nos spectacles du mois de mars au mois de juin. Maintenant on redécale tout pour l’automne, explique Dominique Dahéron, directeur du théâtre quartier libre d’Ancenis, mais même sur cette période, il y a encore énormément d’incertitudes. Quitte à charger un peu le planning de la rentrée, les programmateurs cherchent avant tout à “surtout ne rien annuler qui soit déjà programmé sur la saison 2020 / 2021, mais à combler les trous”, précise le responsable du théâtre. 
Les projections sur septembre sont timides, mais une réouverture plus tardive compliquera les choses : “ dans tous les cas, on n’atteindra pas notre objectif budgétaire, mais si on ouvre à l’automne, on va s’en sortir. Si c’est plus tardif, ça deviendra très problématique”confie Gérard Boucard, directeur du Théâtre Quai des arts à Pornichet.

Pour Stereoluxdont la programmation, davantage tournée vers l’international, a compliqué les reports, la note est lourde : la perte financière est pour le moment estimée à 600 000 € avec 60 événements annulés. Parmi eux, Scopitone, le festival dédié aux cultures électroniques et aux arts numériques, dont la 19e édition était prévue pour septembre. “Cet événement regroupe des artistes venus d’une quinzaine de pays différents, nous étions devant de telles inconnues quant à leur capacité à circuler d’un pays à l’autre, qu’on a préféré ne pas prendre de risque”, explique Eric Boistard, le directeur du lieu.  

Un impact longue durée

Au-delà de l’impact que le confinement aura sur leurs salles, les équipes de ces structures sont aussi très soucieuses du soutien aux artistes et aux équipes techniques qu’elles peuvent apporter. Je suis particulièrement inquiet pour les techniciens, les intermittents. Sans aide pour compenser le manque à gagner, ce sera un vrai carnage”, explique, inquiet, Dominique Dahéron. 
Pour limiter le choc, les salles se mobilisent, paient dès maintenant les cachets de spectacles qui ne verront le jour que plus tardivement ou qui sont annulés ou s’arrangent pour que les techniciens bénéficient du chômage partiel. Mais ils mettent aussi cette capacité d’action dans les mains du public. L’espace culturel Cap Nort, à Nort-sur-Erdre, propose, par exemple, à son public de ne pas demander le remboursement en cas d’annulation, en soutien au secteur culturel. “Nous travaillons en partenariat avec le réseau RIPLA (Réseau d'Information des Programmateurs de Loire-Atlantique) et avec Musique et danse en Loire-Atlantique. Nous préparons un pot commun pour soutenir la création”, rapporte Caroline Dume, directrice  

Dans une salle comme Quai des arts, à Pornichet, l’aspect financier compte moins : ”nous recevons des compagnies peu subventionnées, qui veulent montrer leur travail et élargir leur diffusion pour rentrer dans le circuit d’aides. Ce qui leur importe, c’est vraiment de jouer.” Pour ces compagnies, c’est un temps précieux qui est perdu. Mais cette problématique vaut aussi pour le reste du secteur de la création. Les résidences qui n’ont pas lieu sont autant de futurs spectacles qui ne peuvent pas se monter, décalant ainsi le planning des saisons suivantes. Caroline Dume s’inquiète de l’annulation du festival d’Avignon, événement qui permet à la plupart des programmateurs de repérer les spectacles qu’ils achèteront pour leurs salles : “Pour la prochaine saison c’est bon, tout est bouclé. Mais pour celle d’après ? Nous devons voir des spectacles !”

Préserver les compétences locales

Car un monde culturel riche, foisonnant, se nourrit d’un ensemble d’acteurs allant du petit café-théâtre, du café-concert, aux ZénithsEric Boistard, de Stereolux, recentre en ce moment son activité sur le soutien au secteur des musiques actuelles en Loire-Atlantique. “Notre territoire est très dynamique, il a une vraie richesse que nous aimerions conserver.” Préserver les petites salles, aux finances plus fragiles, c’est s’assurer de maintenir, sur le long terme, les compétences en Loire-Atlantique et Pays de la Loire. Un soutien d’autant plus important que, comme il le dit, “nous sommes parmi les premiers à avoir fermé, et seront parmi les derniers à rouvrir." 
Du positif à tout ça ? Les salles de spectacles, tout comme les cinémas, cherchent à maintenir le lien avec leur public. Pour ça, encore une fois, internet reste un vecteur essentiel. Quai des arts propose chaque semaine sur Facebook un journal artistique,des “auto-interviews” d’artistes sont proposées en ligne par le théâtre d’Ancenis. 

Pour Caroline Dume, “c’est le moment d’être créatif, les artistes le font déjà sur les réseaux sociaux, à nous de nous réinventer. Faut-il amener la culture chez les gens ? Dans les jardins ? Les cours ? Faire de la déambulation ? Le spectacle vivant doit rester vivant.” 
Pour Dominique Dahéron, la décision est prise : “si on ouvre en septembre, je ferai la présentation de la nouvelle saison en extérieur. Avec un bal ? Ou du spectacle de rue ? Il faudra redonner confiance au public.” 
Tous semblent craindre que les habitudes d’écrans prises par le public le fassent déserter les salles de spectacle. Espérons que, déconfinement rimera avec spectacle vivant.