Sandra Todorovic, Permis de lire

10/04/20

Lectrice insatiable depuis sa plus tendre enfance, Sandra Todorovic, dyslexique assumée, a créé sa maison d'édition ZéTooLu, qui publie des livres pour enfants « dys » ou pas.

Née en 1972 sur les rives du fleuve Niger, à Niamey, Sandra Rémy y passe les trois premières années de sa vie. Militaire de carrière, son père est muté en France, où la petite fille grandit entre Paris et la Lorraine, département de ses grands-parents maternels. « J’ai beaucoup vécu chez eux, dans le village de Vaudeville. Vous voyez, la littérature me suit partout » ajoute-t-elle dans un sourire qui ponctue souvent ses phrases.


Trois fois dys

Dès qu’elle apprend à lire, en fin de CP, elle se met à dévorer tout ce qui lui tombe sous les yeux. Très bonne à l’école, Sandra brille dans presque toutes les matières. « Sauf en maths. Je ne comprends plus rien à partir du CM1 et je suis des cours particuliers très tôt. » C’est en fait le symptôme majeur d’un dysfonctionnement cognitif : Sandra est repérée comme dyslexique et dyspraxique vers 13 ans (également dysmnésique plus tard), grâce à une connaissance de sa mère. « À travers des jeux,cette personne m’a appris à passer par d’autres chemins pour atteindre les mêmes objectifs que les autres. Mais pour les maths, c’était vraiment trop compliqué. » 

Aux côtés de ceux qui souffrent

Un vrai problème pour cette ado qui n’aspire qu’à une chose : être infirmière. Pour y parvenir, elle intègre un BEP sanitaire et social après la 3e. « En devenant aide-soignante, je pouvais plus tard accéder à une passerelle pour être infirmière. » Diplômée à 18 ans, elle se lance dans la vie active à l’Hôpital Boucicaut à Paris, auprès des malades du Sida. « Des années passionnantes, où l’intensité de ce que je vivais m’a fait réaliser que je n’avais pas besoin de devenir infirmière pour aider les gens. » Après les attentats du métro Saint-Michel en 1995, elle intègre le service spécial créé à Boucicaut pour les victimes mutilées. À cette époque, Sandra est déjà mariée, avec le frère d’un de ses « tuteurs » en maths. Le couple vit à Paris dans le 15e et aura deux enfants.

Donner le plaisir de lire

C’est à l’hôpital Bichat, en néphrologie, qu’elle peut faire le pont entre son métier et sa passion littéraire, qui ne l’a jamais quittée. « Pour distraire les patient·es, souvent hospitalisés pour de longs séjours, j’ai commencé à leur lire des passages de livres. J’en avais toujours un sur moi. » En 2008, un problème de santé l’oblige à s’arrêter plusieurs mois. Une période qu’elle met à profit pour réfléchir à ses envies : bénévole dans une maison d’édition associative, elle aimerait en faire son métier. Quitter Paris est aussi dans les projets familiaux. Très attirée par Nantes, « où tout semble possible », elle s’y installe avec son mari et ses enfants en 2009 et monte une antenne locale de la maison d’édition associative. « Au gré de mes rencontres avec des enseignant·es, je réalise que les enfants qui disent ne pas aimer lire buttent en réalité sur des difficultés qui les empêchent d’accéder au plaisir de la lecture. » Consciente que ces freins sont notamment liés à la dyslexie, elle décide de se lancer dans l’édition de livres de « lecture confortable ». Elle établit un cahier des charges à partir d’un sondage réalisé auprès de 3 000 personnes (enfants, parents, enseignant·es et orthophonistes). « Je voulais créer le chaînon manquant entre les livres classiques et les livres pour « dys », qui répondent aux problèmes de seulement 30 % des dyslexiques. » Suivie par plusieurs auteur·es, elle crée les éditions ZTL-ZétooLu et publie les premiers ouvrages en novembre 2017. « Zétoolu car c’est une phrase adorable que j’ai beaucoup entendue sur les stands que j’animais avec des enfants. » 

Et pendant le confinement ?

Contactée le 7 avril, Sandra "confine" avec son fils de 19 ans et son mari. Sa fille est au Canada. "Je télétravaille à fond les ballons pour essayer de faire face à la perte financière de mars et avril." Salons du livre et conférences, 14 dates ont été annulées et notamment une table ronde qui lui tenait à cœur, sur les difficultés d'apprentissage. "Mais hop ! hop !  hop ! Je ne lâche rien et je rebondis !" Question actualité, le 4eme livre de la série classique de ZTL vient de paraitre : Hansel et Gretel illustré par Laura Raynaud. "Sinon, je travaille avec Servan Legoff sur un Kamishibaï pour Noël... il nous servira aussi pour les interventions en maternelle." Bien occupée, Sandra peaufine tout de même ses outils numériques, incontournables dans cette crise, et alimente la chaîne Youtube de ZTL "pour la faire toute jolie car nous formons une chaîne commune aux Editeurs des Pays de la Loire "Coll-Libris" où chaque maison d'édition est présentée."

La lecture confortable


Le concept des éditions ZTL- Zétoolu repose sur la lecture confortable, accessible à tous et toutes. La police de caractère est épurée, le calibrage des lettres supérieur à la moyenne, les espaces entre les mots doublés, les interlignages plus larges et les premières lettres des phrases et points finaux sont systématiquement graissés, et colorés pour les livres de premières lectures. Les histoires sont généralement des créations d’auteur·es qui suivent les remarques de Sandra pour rendre leurs textes accessibles à tous les types de lecteurs et lectrices.
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