• Citoyenneté

Xavier Duval-Arnould, au service des femmes

03/04/20

Gynécologue obstétricien, Xavier Duval-Arnould est impliqué dans l’humanitaire depuis près de 10 ans. À Nantes, il répare la blessure intime des femmes mutilées sexuellement.

« Vous avez tout à fait les aptitudes pour devenir médecin, et vu votre sensibilité, je vous vois bien gynécologue. » Xavier Duval-Arnould a 17 ans quand une conseillère d’orientation lui fait cette déclaration. « Ce n’est pas le genre de spécialité qu’on envisage quand on est adolescent », précise-t-il dans un sourire. Médecin par contre, c’était une évidence pour lui depuis tout petit. « J’en parlais apparemment dès mon plus jeune âge. Soigner l’autre est quelque chose qui me parlait. »

Famille de femmes

Originaire de la région parisienne, Xavier Duval-Arnould nait en 1980 à Auray (56), où ses grands-parents possèdent une maison secondaire. Benjamin d’une fratrie de quatre enfants, il perd son père alors qu’il n’a pas un an et grandit dans un environnement féminin. « J’ai été élevé par ma mère avec mes deux sœurs, cela explique peut-être la fameuse sensibilité. » Comme il l’a toujours souhaité, il intègre le cursus de médecine après son bac et fait les six premières années d’externat à Paris. Il choisit de poursuivre son internat à Nantes, proche de la maison de vacances de sa naissance. « Je pensais devenir pédiatre mais j’ai réalisé grâce au stage que ce n’était finalement pas pour moi. C’est la gynécologie obstétrique qui m’a vraiment intéressé. » Au service de la santé des femmes et de leurs futurs bébés, il poursuit son internat pendant les cinq années de spécialisation requises, travaillant dans différents hôpitaux publics de la région, notamment à Nantes et Châteaubriant. « Je découvre et j’apprends la chirurgie réparatrice auprès des femmes mutilées au CHU de Nantes, au contact du Docteur Philippe, qui la pratique alors depuis longtemps. »

Réparer

Mais c’est suite à sa première mission humanitaire en 2010, en Haïti, qu’il étoffe son expertise. « Je découvre les fistules obstétricales, qui se forment lors d’accouchements très difficiles et longs (jusqu’à plusieurs jours). Cette pathologie n’existe plus en France et n’est donc plus enseignée en médecine. » Les femmes qui en souffrent ont des pertes urinaires permanentes et sont souvent rejetées par leurs maris, mises au banc de la société. Xavier Duval-Arnould part au Burundi pour apprendre à opérer et suivre les femmes atteintes de fistules et il en fait son sujet de thèse. C’est à cette époque qu’il intègre l’association Actions santé femmes, qui œuvre sur de nombreux théâtres de catastrophes naturelles et de conflits.  Aujourd’hui vice-président de l’association, il est marié et père de trois jeunes enfants et exerce à Nantes, en libéral. « Je reçois les femmes excisées à mon cabinet. Certaines viennent pour « réparer la blessure », d’autres pour améliorer leur vie sexuelle. » L’opération consiste à faire remonter la partie interne du clitoris jusqu’à l’endroit où était initialement la partie amputée. Après la « réparation », 70 % des femmes opérées retrouvent (découvrent) leurs sensations.

Accoucher à l’abri

La dernière mission de Xavier Duval-Arnould avec Actions santé femmes l’a emmené au Tchad, pour soigner des fistules obstétricales. « Mais notre projet actuel est de réunir les moyens financiers pour créer une maternité mobile, qui pourrait être envoyée en container et montée en quelques jours sur des lieux de catastrophes naturelles ou de conflits. Que les femmes puissent au moins accoucher sous des tentes, à l’abri. »

L’excision : une mutilation interdire
L’excision est une amputation du gland clitoridien et/ou des petites lèvres de l’appareil génital externe des femmes. Elle est pratiquée dans certaines ethnies d’Afrique noire ou du Maghreb, généralement sur de toutes petites filles ou des fillettes prépubères, sans anesthésie et dans des conditions d’hygiène déplorables. Désormais interdites dans le monde entier, ces mutilations sont en net recul. Issue de croyances ancestrales, mais non religieuses, l’excision prive les femmes de plaisir sexuel. Quand elle ne les tue pas