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Grand T : « On joue notre rôle de théâtre solidaire »

20/05/20

Le déconfinement ne signe malheureusement pas le retour du public au Grant T, théâtre de Loire-Atlantique. Mais selon sa directrice, Catherine Blondeau, quelques surprises arrivent dès le mois de juin, afin de renouer, tout en sécurité, avec le spectacle vivant. Elle répond pour nous à quelques questions sur l'actualité du lieu.

Le déconfinement est lancé depuis une semaine. Que se passe-t-il au Grand T ?
Nous sommes en ordre de marche ! La vie commence à frémir à nouveau ici. À partir du 25 mai, deux compagnies vont venir répéter sur notre grand plateau et dans La chapelle, une petite salle attenante. Ensuite, nous allons fermer le grand plateau car des travaux de désamiantage sont prévus. Mais on a quand même réussi à donner deux semaines de résidence ! À La chapelle, plusieurs compagnies locales vont se succéder pour répéter. On improvise car normalement, en ce moment, le spectacle Falaise de la compagnie Baro d’evel, mis en scène par Camille Decourtye et Blaï Mateau Trias, devait être joué. C’est un magnifique spectacle. Ça m’a fendu le cœur de devoir l’annuler.

Quel est le coût de toutes ces annulations ?
En tout, 58 représentations sont annulées depuis le 13 mars jusqu’à la fin de l’année. Cela représente 19 000 billets, soit plus de 200 000 euros. Notre statut d'établissement public nous permet d'organiser des activités non prévues, car un artiste en résidence est un artiste salarié. De plus, nous avons payé les contrats des artistes qui n’ont pas joué cette fin de saison. Tout ça permet de donner du travail aux artistes et techniciens qui n’en ont pas eu pendant deux mois. Bien sûr, tout ceci se fait dans le respect des gestes barrières. Nous avons étudié les protocoles sanitaires et nous les avons adaptés à notre activité.

Quel est le rôle d’un théâtre de l’envergure du Grand T, à l’échelle départementale, dans cette situation de crise ?
À l’échelle du territoire, on essaye d’activer les réseaux professionnels qui existent. On a maintenu le lien, durant le confinement, avec les autres salles de spectacle, et festivals locaux. Comme partout, cette crise est l’occasion de questionner nos fonctionnements. Et ces questions, on ne peut se les poser que collectivement.
Le Centre Chorégraphique National de Nantes (CCN) a déjà commencé à réunir les artistes de danse et les chorégraphes, en lien avec Musique et Danse en Loire-Atlantique (MDLA), pour faire un état des lieux de la filière. On va faire pareil avec les artistes de théâtre et de cirque, car il y a une forme d’urgence à ne pas simplement tout reprendre comme avant. Comment ne pas repartir tête baissée dans les dynamiques, qui sont souvent les nôtres, de surproduction, de spectacles trop vite jetés ? Comment, peut-on, à partir de cette crise, travailler autrement, inventer de nouvelles formes spectaculaires, de nouvelles présences du corps, si jamais la distanciation reste une règle ? Et aussi, comment faire en sorte d’être peut-être plus solidaires, moins dans la compétition les uns avec les autres, dans le domaine de la culture comme ailleurs ?

De par les moyens qui sont les vôtres, vous aidez les plus petites structures ?
Bien sûr ! En tant que grosse institution à l’échelle du département, on bénéficie d’une présence de la médecine du travail dans nos instances représentatives du personnel. On a donc écrit un protocole sanitaire adapté, pour la réception d’artistes et de public, et on l’a mis en ligne, pour que les salles de notre réseau en profitent. Par exemple, Maël Hougron, directeur du Nouveau Pavillon, une petite association, était ravi et nous a dit que ça lui faisait gagner un temps fou. Ça peut paraître microscopique à l’échelle de ce qui nous arrive, mais c’est quand même des formes de solidarité. Musique et Danse en Loire-Atlantique est en train de créer une plateforme ressource avec tous les documents juridiques pouvant être utiles en ce moment aux artistes et aux producteurs. Il y a un foisonnement de documentation et on ne sait pas toujours comment s’y retrouver
Nous, au Grand T, on s’est vraiment mis au travail pour jouer notre rôle de théâtre solidaire et y compris en remettant en route des activités en direction du public, dès le début du mois de juin. C’est notre intention.

Quelles formes vont prendre ces propositions artistiques ?
On essaye d’être inventifs et malins, pour que le spectacle vivant reprenne sa place tout en respectant les gestes barrières. C’est à nous de faire de la contrainte, une contrainte créative.
Comment aller vers la création artistique, qui respecte les gestes barrières, sans que ça se voit ? C’est tout à fait possible ! Quand on en parle aux artistes, ils débordent d’idées, évidemment ! C'est toute une chaîne de solidarité qui s’est mise en place.

L’importance de l’art, de la création, est d’autant plus évidente en ce moment ?
Les êtres humains sont des animaux grégaires, on a besoin des autres, on a besoin d’être ensemble. Le spectacle vivant, ce sont des humains ensemble qui jouent pour des humains ensemble. Donc je pense que la privation de cette situation, et de cette relation, permet d'en ressentir la richesse et le caractère précieux.
Je suis assez persuadée que lorsque les artistes de spectacles vivants seront là, les spectateurs seront aussi au rendez-vous. Cette période est très anxiogène. Il nous manque, dans nos vies, ces moments de joie, d’exaltation, d’émotion esthétique aussi, qui font que tout le reste est plus facile à supporter. À tel point qu’il y a eu des jeux sur les réseaux sociaux pour reproduire des tableaux de Maîtres, des cadavres exquis de danse, des concerts à distance etc. Les gens essayent de renouer avec ces moments de joie et d’émerveillement par l’art.

Comment la saison prochaine est-elle envisagée ?
On n’a aucune certitude ! Pour le moment, on retarde tout, le lancement, l’impression des brochures…, d’environ deux mois.
En tout cas, notre saison est faite, elle est dans les starting blocks et elle est magnifique alors on espère vraiment pouvoir la maintenir en l’état ! Il y a beaucoup d’incertitudes, on se demande si les artistes étrangers pourront se déplacer, si on va devoir réduire notre jauge de 800 places ?
Si on ne peut pas tenir notre début de saison, et bien on s’adaptera. Je ne sais pas si on maintiendra les abonnements, ou bien si on vendra au fur et à mesure. Si besoin, on inventera des choses nouvelles, ça c’est sûr !

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