• Culture, Patrimoine

Noémie Merlant, en pleine lumière

25/03/20

La crise du coronavirus a tout bouleversé. En cette période de confinement, nous vous proposons sur notre site des portraits de figures de Loire-Atlantique. Premier de cette série, Noémie Merlant, originaire de Rezé, nominée aux Césars et lauréate du prix Lumière, (portrait réalisé avant le confinement).

Le 28 février dernier, Noémie Merlant était dans la liste des nominées au César de la meilleure actrice pour son interprétation dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma. Son rôle de peintre, vivant une histoire d’amour avec une autre femme au sein d’un XVIIIe siècle corseté, lui a valu la reconnaissance de ses pairs. « Cette nomination compte pour la suite de mon parcours mais vu le contexte, et vu le film, l’enjeu est au-delà de moi-même », confiait-elle quelques jours avant la cérémonie.

« Dès la lecture du scénario, j’ai senti que c’était puissant, que ce film offrait une vision qui manquait au cinéma et que sa matière serait novatrice. » À 31 ans, la jeune femme, qui a passé toute son enfance et son adolescence à Rezé, présente déjà une filmographie conséquente. Ce n’est pourtant pas une enfant de la balle. « Mes parents tenaient une agence immobilière dans le quartier Saint-Paul à Rezé, où nous vivions également. Nous allions assez peu au cinéma. Ma soeur m’a fait découvrir les films de kung-fu et d’horreur mais je n’avais pas vraiment de culture cinématographique. » La danse et le chant étaient ses véritables passions artistiques, sans qu’elle en fasse des objectifs professionnels.

Un heureux parcours
« Je pensais faire une école de commerce, après mon bac ES. » En 2007, quelques semaines avant le bac, son père voit une annonce pour le cours Florent, école de formation d’artistes, et lui en parle. Plutôt réservée, Noémie dit d’abord non. « Mais je l’ai finalement écouté. Il pensait que m’exprimer artistiquement pourrait coller à ma personnalité. » Après un stage d’un mois, elle intègre l’école parisienne. « Je découvre le théâtre, ce qu’est un plateau de cinéma, je lis plein de choses : je découvre l’envie de jouer et d’en faire mon métier. » Soutenue par ses parents, venus la rejoindre à Paris un an après son installation - « on fait un peu clan » - , elle finance aussi ses études grâce au mannequinat, qu’elle avait démarré adolescente. Dès 2010, elle obtient un premier rôle dans L’orpheline avec en plus un bras en moins, de Jacques Richard. Cette première expérience lui confirme son goût pour le cinéma : « Je me sens plus à l’aise qu’au théâtre, je peux à la fois plus me lâcher et mieux gérer. J’aime le sens du détail que l’on développe au cinéma. » Elle enchaîne ensuite quelques courts métrages et apparitions dans des séries françaises puis de petits rôles jusqu’à sa rencontre avec Marie-Castille Mention-Schaar avec laquelle elle tourne Les Héritiers en 2013, puis Le ciel attendra en 2016. « C’est une réalisatrice importante pour moi et j’ai tourné deux autres films avec elle.»

Des choses à dire
Son rôle de jeune fille prête à basculer dans le djihad lui vaut une nomination au césar du meilleur espoir féminin en 2017. En janvier dernier, Portrait de la jeune fille en feu lui permet de décrocher le prix Lumière de la meilleure actrice de l’année, décerné par la presse internationale. « J’étais très contente mais terrorisée de parler en public, d’autant que je voulais ouvrir le discours sur l’apport de ce film au cinéma », précise-t-elle dans un sourire soulagé. Des choses à dire, Noémie Merlant en a beaucoup d’autres. Elle a scénarisé et tourné deux courts métrages et termine actuellement son premier long métrage. Le sujet ? « C’est une fiction en lien avec l’histoire d’une famille de Roms que je connais. J’ai découvert cette communauté il y a quelques années en faisant du bénévolat et je suis révoltée par le racisme qu’elle subit, un racisme qui semble toléré par tout le monde. J’ai vécu avec ces personnes des choses très loin des clichés qui sont véhiculés et j’ai l’impression qu’elles m’ont plus apporté que l’inverse. » Intitulé Mi Iubita, son film n’a pas encore de date de sortie connue.

Guérande et Le Pouliguen
Avec toute cette activité, Noémie Merlant n’a pas pris beaucoup de vacances ces derniers temps. Peut-être ira-t-elle passer quelques jours dans sa famille à Guérande ou au Pouliguen. Elle doit aussi prendre le temps d’aménager son nouvel appartement : « C’est au moins ma dixième adresse à Paris. Le hasard a voulu que ce soit dans la rue où je suis née. » Sous une bonne étoile, sans aucun doute.