• Économie, développement

Coronavirus : le monde agricole s'adapte

17/04/20

Retour du soleil, période de pâture, de salons, de semis, de fauche... l'épidémie de coronavirus est arrivée en période de pleine activité pour le monde agricole. Ce dernier a dû faire preuve d'une grande capacité d'adaptation pour préserver son activité et remplir nos assiettes.

En ce temps de confinement, où le monde semble vivre au ralenti, il est de ces professions qui, à l’inverse, ont largement accéléré le pas. Christophe Fischer, producteur de fruits et légumes en agriculture biologique, dans la commune des Touches, est difficilement joignable. Le début du confinement, en plus de coïncider avec une période de forte activité pour le monde agricole, a fait exploser sa charge de travail.
D’ordinaire, ce maraîcher réalise 70 % de son chiffre d’affaire lors de ses ventes au marché de Talensac, à Nantes. La fermeture de ce dernier a donc nécessité une réorganisation en urgence : "La mairie de Nantes a mis à notre disposition trois points de vente pour des livraisons sous forme de paniers. On s’est donc regroupés avec trois autres producteurs pour proposer une offre assez complète.”

CG44B0032260-1

Rapidement, Christophe Fischer s’est formé sur Youtube à la création d’un site de commande en ligne et avait, dès le lendemain, une cinquantaine de commandes. L’Amap (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) qui prend d’ordinaire 35% de sa production a poussé jusqu’à 40 %. Malgré ça, il estime perdre environ 2 000 euros par semaine. Le tout, avec une charge de travail supplémentaire : “il y a beaucoup à faire dans les champs et on doit, en plus, se lancer dans la préparation des paniers, chose qu'on ne fait pas en temps normal”.
Céline Girault, directrice du Groupement d’agriculteurs biologique 44 (GAB), explique qu’au début du confinement, les inquiétudes se concentraient sur les agriculteurs qui fournissent la restauration collective ou les restaurants : “Finalement, certain·es éleveur·ses de cochons dont 30% du chiffre d’affaire provient normalement de la restauration collective, ont eu beaucoup de demandes du côté des Amap. Certains ont même dû abattre davantage que prévu.”

Une explosion de la demande

Car rapidement, la demande a explosé, et les questions n’étaient plus “à qui vendre ?” mais “comment vendre ?” et “comment vendre en respectant les gestes barrière ?” 

“La ferme du Limeur, par exemple, à Orvault, fait de la vente sur place. Normalement, ils ouvrent leur magasin le mercredi, deux heures le matin puis deux heures l’après-midi. En ce moment, ils vendent la totalité de leur marchandise sur l’ouverture du matin”, raconte Céline Girault, du GAB 44. 
Du fait du confinement, les consommateurs et consommatrices mangent davantage à domicile avec leur famille, donc achètent plus. Elles et ils se tournent aussi plus facilement vers la vente directe pour des raisons éthiques, mais aussi car les conditions de vente y sont souvent jugées plus sécurisantes qu’en grande surface. “L’association Paniers presqu'île, qui vend dans les plus fortes périodes, comme à Noël, entre 55 et 60 paniers par semaine, est passée à 250 paniers par semaine”, explique la présidente du GAB 44.

livraison légume 1

Ci-dessu une photo de livraison de légumes à Nantes, par Les paniers de David.

"On gagne en reconnaissance"

Bien sûr, les conséquences varient selon le type de production : “On s’inquiète plus pour les filières longues. Pour les producteurs de lait qui sont en système pâturant, par exemple, précise Céline Girault. L’herbe est grasse donc les vaches produisent plus de lait en ce moment. Comme l’exportation et la transformation diminuent, certaines exploitations passent en monotraite afin de réduire la production, ou mettent certaines vaches à la réforme.”
François Guyot est secrétaire général adjoint à la chambre d'agriculture et producteur de lait à Bouvron. Quand le confinement a été annoncé, il s’est d’abord interrogé sur le maintien des livraisons: aura t-il encore du fioul, de la litière et de l’alimentation pour ses bêtes ? “Puis, on a vu que ça continuait donc on a été rassuré”, explique t-il. Sont donc arrivées d’autres problématiques : qui pour entretenir le matériel s'il y a une panne ? Comment gérer l’emballage des produits, quand il n’y a plus de salarié·es à l’usine ? Un à un, ces problèmes trouvent leur solution. Pour François Guyot et ses collègues reste une inquiétude : la baisse du prix du lait qui s’accentue de jour en jour du fait de la crise sanitaire.
Certaines filières sont plus impactées que d'autres, c'est le cas de la viticulture ou de l’horticulture par exemple. Pour ces deux secteurs, le printemps est une période clé. L’un, car c’est la saison des salons, tous annulés, l’autre, parce que c’est le moment où les clients affluent. Le vin, produit particulièrement vendu à l’étranger, souffre de l’arrêt de l’exportation, tandis que la vente directe est sérieusement ralentie.
Petite consolation pour François Guyot, “on sent une vraie reconnaissance de l’agriculture... qu’on avait perdu ces derniers temps.”

IMG 2681